Partagez

Claire Colin-Collin

Du 10 septembre au 29 novembre 2015, la galerie de l’hôtel Elysées Mermoz présente une exposition des peintures de Claire Colin-Collin.

Révélée au public parisien lors de sa participation au salon Jeune Création en 2013, Claire Colin-Collin quitte Marseille pour s’installer à Paris en 2014. L’année 2015 sera riche en actualité pour cette artiste, qui après L’hôtel Elysées Mermoz exposera à la Galerie Djeziri-Bonn et sera en résidence à L’H du Siège à Valenciennes.

Suite à ma dernière visite dans son atelier pour préparer cette exposition, je lui ai proposé ces 5 questions qui nous permettent d’appréhender son processus de travail et ses préoccupations de peintre.

Tes tableaux semblent être le résultat d’une succession d’états. Y a-t-il une idée au départ, et en changes-tu en cours de route ?

Il y a un vague point de départ, qui part de la peinture précédente – il s’agirait de la refaire mais un peu autrement, en faisant ce qui aurait risqué de la détruire – et qui se formule plutôt comme une succession d’actes. Des actes comme remplir, border, tracer, vider, recouvrir. Mais à force de peindre chaque jour, on sait très bien le faire. Et ça n’a plus aucune saveur de ne faire que ce qu’on sait faire. Du coup, les choses se passent dans le contraire de ce qui était prévu, dans l’interruption ou la perturbation du projet, ou même dans sa destruction. Sinon, il n’y aurait pas d’étonnement, il y aurait juste la poursuite d’un savoir faire et ce serait ennuyeux à mourir. Alors que la peinture sert à ne pas mourir.

Mis à part les petits tableaux, tu travailles depuis quelques années avec un format unique de 165 x 150 cm. Pourquoi ce choix ?

C’est devenu mon format. En fait, quand j’ai voulu agrandir les formats (c’était il y a une dizaine d’années, je travaillais encore sur papier à cette époque), j’ai voulu le faire tout d’un coup et je me suis cassé le nez : c’était impossible, ça nécessitait tout un réajustement du corps, du temps de réalisation, du déplacement. ça a pris beaucoup plus de temps que mon impulsion initiale, de prendre connaissance de nouvelles mesures. Alors quand j’ai commencé à connaître ce format-là – qui a été déterminé, au départ, par la largeur d’un rouleau de papier – j’ai continué, et maintenant je le garde : il est à ma taille. Je suis autonome avec, je peux le déplacer seule. Le petit format, c’est très différent : en le faisant, on le contient dans le geste de la main, dans le poignet, on peut être au-dessus, très proche, il y a un vis-à-vis avec le visage. Et on peut aller très vite, presque comme un souffle. Le grand format est à l’opposé, il regarde le corps, et on se déplace en fonction de lui. Il demande plus de temps.

Ta peinture se distingue par son aspect particulièrement mat. Cela rend la surface très plate et confère au tableau une consistance onctueuse. Comment procèdes-tu ?

Je continue. C’est-à-dire que je couvre et recouvre. Je cherche une couleur directement à la surface, je recouvre ce qui est raté, je rate de plus en plus. J’ai compris ça récemment : quand on rate en peinture, il faut rater plus encore. Je patouille, je me perds. Alors ça s’épaissit.

C’est important que ce soit mat pour qu’il n’y ait pas de reflet : la profondeur est à la surface. Si ça brillait, cela donnerait autre chose à voir que le tableau lui-même, alors que c’est le face à face avec le tableau qui me captive. Pourquoi se mettre chaque jour face à cette surface, et pourquoi faire ça depuis toujours ? Cette question m’accompagne. C’est peut-être un miroir opaque, ou opacifié, qui ne doit pas refléter.

Dans tes peintures, un champ travaillé sur toute la surface est perturbé par l’ajout d’un volume ou d’une forme dessinée par dessus. Parfois le champ reste seul. Le vocabulaire des formes que tu utilises semble le même depuis des années ?

Oui, peut-être de plus en plus. De plus en plus pauvre. C’est à la fois le champ de la recherche qui se précise, et le fait qu’en voulant être dans des formes basiques, on fait vite le tour : trait, rond, grille, patate, point, bloc… Cette réduction vient de l’envie d’être dans un dessin qui soit à la fois un motif et un espace. Cependant je ne l’envisage pas comme un vocabulaire, mais dans un parcours : où est-ce que le trait peut retrouver son intensité, après tout ce qu’il a déjà dessiné ? Pour moi, c’est en allant vers le moins.

Le volume dont tu parles cherche une équivalence avec le tableau. Un bloc qui serait à la fois le tableau, contenu par le tableau et voudrait le tordre. Au trait, c’est parfois une manière d’en faire le tour, par l’intérieur : de désigner son espace, et le produire en même temps. C’est aussi une façon d’entourer la surface qui me fait face.

Qu’est-ce qui se joue pour toi au moment de l’accrochage d’une exposition ? Il semble crucial pour ta peinture. Tes tableaux ne sont pas indifférents à leur environnement, ils lui répondent.

Les peintures sont des espaces mais refabriquent un espace quand on les met en rapport. Ces rapports font exister des liens, des écarts, mais aussi des absences : ce qui se passe entre.

Dés le départ, elles se font en écho d’un espace, qui est celui de l’atelier. Quand elles en sortent, il faut leur réinventer une position dans un autre espace. J’essaye de les ajuster à cet espace où elles se tiennent, c’est une négociation entre ce que l’espace autorise et ce que la peinture réclame. A la fin, j’aimerais que chaque peinture existe, comme quelqu’un, avec sa présence particulière.

Exposition du 10 septembre au 29 novembre 2015

Galerie Hôtel Elysées Mermoz

30 rue Jean Mermoz

75008 Paris