M² : Olivier Filippi

L’Exposition « Un mètre carré » réunit dix artistes dont les œuvres ont été présentées ces quatre dernières années à l’Hôtel Élysées Mermoz.

Ces peintres sont concernés par l’abstraction et traitent de cette notion dans leur pratique. Chacun a été convié à proposer une ou plusieurs œuvres récentes, dont les dimensions n’excédent pas un mètre carré.

Deux ensembles de questions ont accompagné l’invitation :

1. Comment la peinture vous a-t-elle été transmise ? De quelle tradition procède votre pratique ? Êtes-vous attaché à la manualité, à la tactilité ?

2. Vous situez-vous comme un peintre abstrait ou de l’abstraction ou des abstractions ? Qu’est-ce qui définit pour vous cette inscription : le caractère et la présence physique de la peinture comme entité ? la manière dont la peinture est appliquée et comment elle fonctionne dans cette application ? le geste pictural en ce qu’il porte en lui-même sa condition d’image ?

Je ne crois pas que la peinture m’ait été « transmise », comme s’il s’était s’agit d’une course de relais ou d’un héritage. C’est beaucoup plus flou et dilué dans le temps. Dans la pratique, je ne me sens relever d’aucune tradition bien définie. Si cela existait ce serait celle de peintres préoccupés par des questions d’ordre musical. Produisant des peintures sur toile en 2013, l’aspect artisanal et manuel est nécessairement important, mais je ne suis pas « attaché » à la manualité. Ce que je produis me semble tout à la fois proche et loin de pouvoir être imprimé. Par contre, la tactilité constitue sans doute une des composantes importantes de mon travail, du fait qu’il procède, entre autre, de translations entre l’écran et la toile, et vice-versa. Peut être l’appellation « peintre de l’abstraction » me conviendrait-elle, même si cela me paraît de l’ordre du second degré ou terriblement présomptueux. C’est peut être malgré tout par ici que je me situe, si l’on entend dans cette dénomination le fait d’abstraire dans le sens de soustraire, d’éliminer, afin que quelque chose puisse prendre place, qui, sinon, n’aurait pas lieu — ce mouvement de soustraction n’étant pas une contrainte mais la seule chose possible, ou en tout cas, aboutissant à la dernière chose possible. Et cela s’oppose donc à l’idée d’être un peintre « des abstractions », idée qui supposerait avoir le choix. Je ne parviens pas en tout cas à me situer comme un « peintre abstrait ». Je pense également que la peinture ne « fonctionne » pas. Elle permet seulement de voir lentement advenir des choses, des phénomènes visuels, colorés, que l’on retrouve par ce biais, que cela se présente dans un temps d’improvisation, de longue préparation ou de planification ou de mélange de tout ça. Quant à la condition d’image du geste pictural, je ne crois pas qu’il soit encore pertinent actuellement de travailler en se focalisant sur cette question, ou en tout cas je ne vois pas du tout comment. C’est le mode particulier de présence de la peinture, en tant qu’objet spécifique, qui m’importe certainement, et comment parvenir à lui donner la possibilité d’une présence valable, alors que nous vivons et travaillons dans un environnement numérique.

Le vernissage de l’Exposition « Un mètre carré »aura lieu le mercredi 26 juin de 19h à 21h. Exposition du 26 juin au 8 septembre 2013 à :

Hôtel Elysées Mermoz

30 rue Jean Mermoz

75008 Paris